LA RESSOURCE EN EAU A ARGELES-SUR-MER

La question n’est pas «combien de logements peut-on construire? »
Mais « combien de personnes supplémentaires Argelès peut-elle accueillir durablement sans dépasser la capacité sécurisée de sa ressource en eau ? »
Argelès n’est pas seulement une commune de 10 616 habitants
La population municipale d’Argelès-sur-Mer est de 10 616 habitants en 2023. Le parc compte 15 699 logements, dont 61,2 % de résidences secondaires ou logements occasionnels et 37,0 % de résidences principales. La population permanente ne suffit donc pas à décrire la population effectivement accueillie au cours de l’année.
| Indicateur | Valeur | Signification |
| Population municipale 2023 | 10 616 | Population permanente de référence |
| Logements 2023 | 15 699 | Parc total |
| Résidences principales | 37,0 % | Logements principaux |
| Résidences secondaires / occasionnels | 61,2 % | Forte composante touristique |
| Logements vacants | 1,8 % | Part limitée |
98 223 lits touristiques : une capacité, pas une population
La commune annonce pour 2024 une capacité de 98 223 lits touristiques, dont 63 338 lits professionnels. Un lit touristique est une unité statistique de capacité : il représente la possibilité d’héberger une personne pendant une nuit. Il ne signifie donc pas que 98 223 touristes sont présents simultanément.
| Capacité touristique 2024 | Nombre | Part |
| Lits touristiques totaux | 98 223 | 100 % |
| Lits professionnels | 63 338 | 64,5 % |
| Autres lits | 34 885 | 35,5 % |
Les 34 885 autres lits ne doivent pas être assimilés à 34 885 résidences secondaires : ce sont des lits, pas des logements.
Résidences secondaires et lits touristiques
Les résidences secondaires participent à la capacité touristique. Dans les statistiques nationales, une convention utilise notamment 5 lits touristiques par résidence secondaire. Il s’agit d’un coefficient statistique et non d’un inventaire physique des lits. Un logement secondaire peut par ailleurs être occupé seulement une partie de l’année.
5 656 400 nuitées : le meilleur indicateur de fréquentation
Une nuitée correspond à une personne hébergée pendant une nuit. Deux personnes séjournant trois nuits produisent six nuitées.
En 2024, Argelès-sur-Mer annonce 5 656 400 nuitées entre mai et septembre. Sur environ 153 jours, cela représente environ 36.970 personnes-nuitées par jour en moyenne.
| Indicateur | Calcul | Résultat |
| Nuitées mai-septembre 2024 | Donnée communale | 5 656 400 |
| Période | Mai à septembre | ≈ 153 jours |
| Présence touristique moyenne | 5 656 400 / 153 | ≈ 36 970/jour |
| Population permanente | INSEE 2023 | 10 616 |
| Population + présence touristique | 10 616 + 36 970 | ≈ 47 600/jour |
Il s’agit d’un indicateur de présence moyenne calculé à partir des nuitées, et non d’un comptage physique quotidien. Les excursionnistes, qui ne génèrent pas de nuitée, doivent être ajoutés séparément.
5. La pression est concentrée en juillet et août
Les nuitées sont fortement concentrées sur le cœur de la saison. En utilisant l’ordre de grandeur de 37 % des nuitées en août, on obtient environ 2,09 millions de nuitées sur le mois, soit environ 67 500 personnes-nuitées par jour en moyenne en août.
En ajoutant les 10 616 habitants permanents, on obtient un ordre de grandeur d’environ 78 000 personnes présentes chaque jour en août, hors excursionnistes et autres populations non captées par cet indicateur. Ce résultat est une estimation de présence moyenne et non une population officielle.
6. Le bilan eau potable 2024
| Indicateur UDI Argelès | 2023 | 2024 |
| Volume produit | 1 069 629 m³ | 1 566 007 m³ |
| Volume importé | 671 068 m³ | 140 414 m³ |
| Volume exporté | 71 179 m³ | 46 152 m³ |
| Volume total consommé | 1 718 715 m³ | 1 616 702 m³ |
| Volume mis en distribution | 1 811 876 m³ | 1 752 572 m³ |
| Rendement primaire | 94,86 % | 92,25 % |
Solde comptable simplifié 2024 : 1 566 007 + 140 414 − 46 152 − 1 616 702 = 43 567 m³.
Ce solde ne constitue pas une réserve d’eau disponible pour l’urbanisation. Il ne tient pas compte de la pointe estivale, des années sèches, des contraintes de captage, de la recharge des nappes, des débits d’étiage ni d’une marge de sécurité.
Pourquoi « 43 567 / 120 = 363 logements » est insuffisant
Un calcul mécanique avec une hypothèse de 120 m³ par logement et par an donne environ 363 logements.
Ce résultat est uniquement un plafond arithmétique sans marge de sécurité et ne doit pas être présenté comme une capacité réelle d’urbanisation.
| Scénario | Consommation additionnelle à 120 m³/logement/an |
| +500 logements | 60 000 m³/an |
| +1 000 logements | 120 000 m³/an |
| +1 500 logements | 180 000 m³/an |
| +2 000 logements | 240 000 m³/an |
Ces scénarios doivent être différenciés selon la destination des logements : résidence principale, résidence secondaire ou location touristique.
La notion de « population hydraulique »
Pour Argelès, la population pertinente pour l’eau comprend :
- population permanente
- résidents secondaires présents
- touristes hébergés dans les campings, hôtels et autres hébergements professionnels
- touristes accueillis dans les locations et autres hébergements
- travailleurs saisonniers
- excursionnistes à la journée
- consommations liées aux restaurants, commerces, activités touristiques, équipements publics et usages municipaux
Conséquence pour le PLU
La question pertinente n’est pas seulement : « Combien d’habitants supplémentaires peut accueillir Argelès ? »
La vraie question est : « Quelle population totale, permanente et touristique, le système d’alimentation en eau peut-il supporter en période de pointe, notamment en juillet-août, pendant une année sèche, avec une marge de sécurité suffisante à l’horizon 2030-2050 ? »
Cette approche est plus robuste que le seul ratio habitants permanents / consommation annuelle.
Horizon 2030–2050
Le bilan à l’horizon 2050 doit intégrer simultanément l’évolution de la demande estivale, la fréquentation touristique, les températures, les précipitations, la recharge des nappes, les débits d’étiage du Tech et la sécurisation de l’alimentation en eau potable.
Le bon indicateur est une marge hydrique sécurisée en période de pointe et dans une situation hydrologique défavorable, et non le simple solde annuel d’une année donnée.
Tableau de synthèse
| Élément | Constat | Conséquence |
| Population permanente | 10 616 en 2023 | Ne suffit pas à mesurer la pression hydraulique |
| Lits touristiques | 98 223 | Capacité, pas population quotidienne |
| Lits professionnels | 63 338 | 64,5 % de la capacité touristique |
| Nuitées 2024 | 5 656 400 mai-septembre | Mesure de fréquentation |
| Présence touristique moyenne | ≈ 36 970/jour | Forte population saisonnière |
| Présence totale indicative | ≈ 47 600/jour | Habitants + touristes, hors excursionnistes |
| Présence indicative en août | ≈ 78 000/jour | Ordre de grandeur, hors excursionnistes |
| Solde eau potable 2024 | 43 567 m³/an | Solde comptable, pas réserve |
| Équivalent arithmétique | ≈ 363 logements à 120 m³/an | Pas une capacité d’urbanisation |
| Critère à retenir | Pointe juillet-août + année sèche + marge | Base pertinente pour le PLU 2030-2050 |
12. Conclusion générale
Argelès-sur-Mer est une commune de 10 616 habitants, mais son fonctionnement hydraulique est celui d’un territoire touristique pouvant accueillir plusieurs dizaines de milliers de personnes supplémentaires en période estivale.
Avec 98 223 lits touristiques, dont 63 338 lits professionnels, et 5,656 millions de nuitées entre mai et septembre 2024, la pression exercée sur la ressource en eau est très supérieure à celle que laisserait supposer la seule population permanente.
La concentration des nuitées sur juillet et août impose de raisonner en capacité de production et de consommation de pointe, et non en moyenne annuelle. Tout développement de nouveaux logements doit être évalué selon sa destination et son effet sur la population effectivement présente.
À l’horizon 2030-2050, la capacité d’urbanisation devrait être conditionnée à la démonstration d’une ressource en eau suffisante en période de pointe, y compris dans une année sèche, avec une marge de sécurité compatible avec l’évolution climatique.
En résumé : la question n’est pas « combien de logements peut-on construire ? », mais « combien de personnes supplémentaires Argelès peut-elle accueillir durablement sans dépasser la capacité sécurisée de sa ressource en eau ? »